L’agriculture est en pleine mutation. Des transformations technologiques sans équivalent bouleversent le secteur qui pèse 70 milliards d’euros et est le troisième en importance pour l’excédent commercial de notre pays.

Les nouvelles technologies agricoles, les Agtech, comme on les appelle, marquent l’irruption du big data dans le monde agricole : données météorologiques (pluviométrie, ensoleillement,…), propriété des sols (composition, hygrométrie), mesure de la maturité des cultures pour décider du meilleur moment pour les épandages ou les récoltes… Drones équipés de senseurs, capteurs multiples plantés dans les champs, interfaces pour récupérer les données satellites, moissonneuses truffées de capteurs et des tracteurs guidés par GPS : les jeunes agriculteurs peuvent eux aussi être des geeks !

Et les investissements affluent. Avec 230 millions d’euros d’investissements en 2018, dans la foodtech, le marché français est même, désormais, le premier d’Europe, selon le cabinet Digitalfoodlab.


Certains experts comme Michel Griffon, ancien directeur scientifique du CIRAD voient dans les multiples transformations en cours le moyen d’allier productivité et écologie : ce qu’ils appellent une agriculture écologiquement intensive.
Et les innovations sont multiples. Certaines portent sur la production en zone urbaine ou périurbaine. L’enjeu est majeur quand la demande mondiale augmente, et quand la demande des consommateurs pour des produits responsables explose : fraises bio produites dans des containers avec Agricool, champignons élevés dans des caves avec La caverne, maraîchage sur les toits de New York ou de Paris : les initiatives se multiplient et les start-up fleurissent !
Une production locale, c’est moins de camions, moins de pollution, moins d’embouteillages. Mais contrôler les conditions de croissance des plantes et en faire une activité rentable demande une haute technologie : les ingénieurs d’Agricool affichent une productivité 180 fois plus élevée que dans un champ avec 90 % d’eau en moins… Il a fallu trois ans aux agronomes de la Caverne pour parvenir à produire en quantités suffisantes.
La transformation numérique en amène une autre : celle des circuits de distribution. Avec le digital, l’équilibre habituel entre producteurs, distributeurs, coopératives et grandes surfaces, à l’origine de tant de frustrations pour les agriculteurs, laisse s’entrouvrir quelques portes. Car avec les réseaux, il est désormais possible de commercialiser autrement sa production. La Ruche qui dit oui, qui permet une vente directe ou presque, regroupe ainsi déjà 270 000 membres actifs et 8 000 producteurs ou artisans. Même la certification par blockchain s’immisce dans le secteur agricole (de manière encore expérimentale) et pourrait contribuer à éviter des fraudes alimentaires (comme avec la viande de cheval) ou aider à lutter contre les intoxications alimentaires.
L’ampleur du bouleversement est équivalent à celui qu’a connu l’agriculture européenne au XXe siècle, quand la mécanisation et la chimie l’ont transformée du tout au tout. Aujourd’hui, Michel Griffon parle de Révolution doublement verte. D’autres parlent de troisième révolution agricole. Une chose est sure : l’innovation et responsabilité sont en train de changer le visage de l’agriculture plus vite qu’on le croit.

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Source : Forbes